Esclave des milices

À Kankan, deuxième ville de Guinée, Alpha Kaba estjournaliste. Dans une radio locale, il anime régulièrementdes débats radiophoniques où les citoyens discutent desproblèmes du quotidien. Un jour de 2013, une de ses émissionsest jugée trop critique. La station est saccagée et lejeune homme menacé de mort.Âgé d’à peine 25 ans, il n’a alors d’autre choix que dequitter ceux qu’il aime. Seul, il prend la fuite à traversl’Afrique. Il parcourt plus de cinq pays, prend des dizainesde bus, traverse une partie du désert à pied et atterrit enLibye. Il pensait rejoindre l’Europe ; son chemin s’arrêta là.À Beni Ulid, commence pour Alpha un enfer qui dureradeux ans. Avec d’autres exilés, il est capturé par une milicequi fait d’eux des esclaves. Placé sous l’autorité d’unmaître, il travaille dans la construction et dans l’agriculture,passe de main en main comme une marchandiseet doit même enterrer les cadavres de ses frères mortsdans le désert. Quand il n’obéit pas ou qu’il ne travaillepas assez vite, on le bat.C’est dans la cour de Campo, la prison où il passera leplus de temps, que l’idée de tout raconter s’est imposéeà lui. Mais pour cela il a dû attendre d’être affranchi enoctobre 2016. Le marché aux esclaves, les longues heures detravail, les violences que lui et les autres ont subies : Alpha,aujourd’hui réfugié en France, a choisi de témoigner detout. Pour que personne ne puisse plus détourner le regard.Alpha Kaba est un réfugié politique originaire de Guinée.Il est journaliste et vit à Bordeaux. C’est là qu’il a rencontréClément Pouré, journaliste indépendant, avec qui il a transforméses souvenirs en récit.