Prolégomènes à la charité

«  L’amour – nous y vivons, nous le respirons, nous le traversons. Sans cesse. Et pourtant nous n’y comprenons rien, ou presque, quand il surgit. Il naît et meurt en nous sans que nous le pressentions  : nous ne l’apercevons que bien après son surgissement, et nous l’avons déjà tué depuis longtemps que nous le croyons toujours vivant. Il se déploie à travers nous, plus qu’en nous, comme sans nous. Sans cause, n’a-t-il donc aucune raison  ? Nous concluons en effet qu’il n’obéit à aucune logique, pathos sans rigueur, délire sans borne, drogue de drame…Il reste pourtant une autre voie  : l’amour se dispense de toutes les logiques du monde, parce qu’il recèle et déploie de lui-même une « …raison merveilleuse et imprévue… » (Rimbaud). L’amour suit une raison, mais la sienne, pas celle du monde. La sienne, absolument autre, paradoxale et invisible à ceux qui n’aiment pas. La penser et la dire, cela semble encore impossible. Du moins peut-on déjà en esquisser les prolégomènes  : le mal, la liberté, l’éblouissement, la croisée des regards, la crise, l’absence. Et, dès ces préparations, l’amour impose déjà son autre nom – la charité. »J.-L. M.Livre légendaire publié en 1986, maintes fois réédité, Prolégomènes à la charité trouve ici sa forme définitive, dans une version préfacée et complétée de trois  chapitres.