Léman

Léman, c'est ce paysage au centre de l'Europe. Ce lac comme un trou (celui de l'évier, où tout pourrait disparaître) : vous sentez sur votre peau l'humidité de l'air, vous sentez en vous le froid de l'eau, le vent qui vient de l'autre rive. On peut en faire le tour : Genève, Saint-Gingolph, Chillon, Montreux, Clarens, Chexbres-Puidoux, Lausanne, Genève.Léman, c'est aussi la surface et la vacuité : rien d'autre que l'endroit où nous sommes. Alors cela devient d'autres lieux, qui sont avec le lac Léman dans un rapport d'équivalence : le trou d'une écluse à Tarnac, au centre de la France ; le plateau de Ganagobie ; le lac de l'Est à Wuhan, en Chine ; le lac de Tunis... Léman désigne alors l'ensemble de ces réalités formelles, parcouru par des trajets, des lignes qui deviennent celles du récit lui-même aux prises avec l'étrange " nulle part " de la création. Il faut alors inventer la littérature, inventer Léman, les mots, le dialogue, le point, la ligne, la surface. Contre les images, le temps, la maladie. Contre la violence invisible. Et mot à mot, de l'un à l'autre, au présent, à l'intime, à l'infime, au moins que rien.Léman est le journal de cette expérience. Vers quelque chose qui serait absolument simple. Ce point est accessible à qui regarde le lac, à tous ceux qui regardent.