Me voici forêt

« Planter un arbre. Très tôt, dès l’enfance, j’ai aimé le faire. Planter un arbre comme grandit un poème, lente maturation de l’obscur vers la lumière. La folie de ce livre s’est ainsi emparée de moi. Dire l’arbre, son feuillage, ses racines, son écorce. Dire non seulement l’arbre, mais tout l’arbre, sa nature. Atteindre, par la métaphore de l’arbre, quelque chose de l’homme, de ses désirs, de ses peurs et de ses songes. Le feuillage comme effeuillage, comme recherche de ce qu’est, en profondeur, notre nature. L’humus comme lit de l’humanité.
J’ai commencé par de petits carnets, sans vraiment savoir tout cela. Peu à peu, j’ai compris que j’écrivais le livre de ma vie. Bien sûr, au départ, il s’agissait pour moi de planter quelque chose comme une forêt : j’en avais la vision. Mais de l’arbre à la forêt se déploie quelque chose comme l’infini. D’où cette oeuvre, qui m’a conduit bien plus loin que je ne l’avais imaginé. »
J.-P. Denis